
Féminisme dalit · Livres
Écrire la caste / écrire le genre
Titre originalWriting Caste/Writing Gender: Narrating Dalit Women's Testimonios
Sharmila Rege lit les testimonios de femmes dalits pour rouvrir les frontières entre littérature, histoire orale et sciences sociales.
Critique et guide de lecture
Dans Writing Caste/Writing Gender, Sharmila Rege lit les récits de vie des femmes dalits non pas comme une expérience brute attendant l’interprétation d’un chercheur extérieur, mais comme des testimonios qui révisent l’histoire et la théorie de l’Inde moderne. En mettant en relation plusieurs traditions autobiographiques marathes, elle montre comment les souvenirs du travail, de la faim, de l’humiliation, de l’éducation, de la sexualité, de la conversion, des conflits familiaux et de la lutte collective portent des arguments sur la caste et le genre. La forme de testimonio dépasse l’histoire libérale d’un individu isolé : le « je » du locuteur devient lié à des communautés dont les histoires ont été exclues des canons littéraires et académiques.
L’intervention de Rege est dirigée contre deux formes d’effacement. Le féminisme dominé par les Savarna peut traiter la caste comme une identité parmi d’autres plutôt que comme une structure organisant le travail, la respectabilité, la violence et le savoir ; la politique dalit centrée sur les hommes peut présenter l’émancipation de la caste sans confronter le pouvoir patriarcal au sein des foyers et des mouvements. Les récits des femmes dalit exposent ces deux limites. Ils remettent également en question les méthodes de recherche dans lesquelles les chercheurs privilégiés « donnent la parole » aux sujets marginalisés tout en conservant le contrôle de la théorie. Rege propose plutôt une pratique responsable d’apprentissage pour parler avec, et être transformé par, les perspectives féministes dalit sans prétendre avoir un accès transparent à celles-ci.
L’archive du livre est située historiquement et linguistiquement, en particulier dans l’écriture marathe, et la traduction, l’édition, l’alphabétisation, la publication et la sélection académique influencent toutes quels testimonios circulent. Qualifier les récits de collectifs ne doit pas effacer les différences entre leurs auteurs ni transformer la souffrance en preuve d’authenticité. Ce sont des raisons pour une lecture attentive, et non pour se replier sur une prétendue neutralité académique. Pour FemRes, Writing Caste/Writing Gender constitue une épistémologie féministe fondamentale : il s’interroge sur qui est reconnu comme théoricien, comment l’expérience devient connaissance, et quels changements institutionnels sont nécessaires lorsque les écrivains marginalisés sont lus non comme des cas illustratifs mais comme des producteurs de concepts et d’histoire.
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