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La féminisation de la résistance : les récits de #NiUnaMenos comme action de transformation sociale

Trois récits de fondatrices relient Ni Una Menos, action collective et précarité, tout en posant la question de qui raconte un mouvement.

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Résumé

À travers les récits de trois fondatrices de Ni Una Menos, l’article théorise une féminisation de la résistance qui associe l’opposition à la violence de genre aux luttes contre la précarité néolibérale, le colonialisme et les relations sociales patriarcales.

Mots-clésNi Una Menosrésistanceprécaritéaction collectiveféminisation
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Notes de recherche

Que change le fait de combattre les violences en organisant la vie avec d’autres ? Maria Clara Medina aborde cette question à travers les récits de trois membres fondatrices de Ni Una Menos en Argentine. Son article de 2023 traite la féminisation de la résistance comme une réorientation politique, pas seulement une présence accrue des femmes dans les manifestations. Il examine comment la possibilité de vivre se relie aux luttes pour la protection, les ressources et le pouvoir collectif.

Trois voix, pas un échantillon représentatif du mouvement

La section méthodologique décrit des entretiens semi-directifs menés en espagnol entre décembre 2020 et février 2021. Les trois femmes ont été choisies selon leur ancienneté et leur rôle ; elles sont anonymisées. L’article distingue la décision en assemblée ouverte d’une direction formelle : être fondatrice ne revient donc pas à occuper une fonction officielle. Les entretiens explorent formation, objectifs, difficultés et avenir plutôt qu’ils ne mesurent l’opinion publique.

Ce dispositif éclaire finement le sens donné par les participantes à leurs actions. Il ne permet ni d’établir la distribution de ces opinions parmi toutes les personnes mobilisées ni de démontrer qu’une mobilisation a causé une mesure politique. L’explication rétrospective d’une fondatrice n’est pas non plus une déclaration collective contemporaine des faits. Demander qui raconte le mouvement fait partie de l’analyse politique, sans rendre les témoignages négligeables.

Faire de la vulnérabilité une question collective

Le premier récit concerne la transformation sociale par la protestation et la production de sens politique. Une répondante décrit le passage d’une combativité personnelle à un engagement davantage centré sur le travail politique partagé ; les récits de mémoire relient les violences vécues aux relations avec autrui. L’enjeu est le passage d’une atteinte isolée à une compréhension partageable sur laquelle agir. Ces témoignages ne prouvent ni guérison clinique ni nécessité pour toute survivante de devenir militante afin de retrouver une capacité d’agir.

Le second récit relie genre et classe à travers la précarisation de la vie. L’insuffisance de protection collective transforme le coût de la résistance : l’insécurité ne se réduit pas à un sentiment individuel, elle concerne l’accès aux ressources et aux institutions. Une réponse féministe ne peut donc se contenter de célébrer la résilience. Elle doit demander qui rend possible le fait de tenir et qui doit absorber seul une insécurité persistante.

L’argument ouvre aussi la solidarité aux identités qui ne se conforment pas à l’hétéronormativité. Le récit inclusif d’une participante conteste l’idée qu’un mouvement contre les violences exige un sujet uniforme. Mais énoncer l’inclusion ne démontre pas l’égalité d’influence au sein d’une organisation. Qui parle, quelles priorités circulent et quelles différences restent difficiles ne cessent pas d’être des questions avec l’adoption d’un langage pluriel.

C’est la tension féconde du terme féminisation. Il peut désigner des pratiques qui politisent dépendance et protection, sans faire du care, de la coopération ou de la non-violence des qualités naturelles des femmes. La vulnérabilité ne produit pas non plus automatiquement du pouvoir. L’action collective exige des relations et un travail d’organisation ; la précarité peut autant entraver ce travail que le motiver. L’attention aux significations des participantes est utile précisément lorsque ces possibilités restent distinctes.

Le manifeste du 3 juin 2015 offre une lecture complémentaire. Budgets, logement, justice coordonnée et suivi y formulent publiquement une responsabilité institutionnelle à ce moment-là. Les entretiens demandent comment les fondatrices racontent plus tard une pratique transformatrice. Comparer sans confondre dates et autorités permet de poser une question concrète : comment des revendications publiques deviennent-elles des relations et des structures capables de soutenir une vie vivable ?

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