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Du salaire au travail ménager au self-care : perspectives féministes sur l’économie du care

From wages for housework to self-care: feminist perspectives on the care economy

Anna Moser inscrit Wages for Housework et l’industrie contemporaine du self-care dans une même histoire politique, analysant la privatisation de la reproduction et la vente de solutions individuelles.

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Résumé

The article connects the Wages for Housework movement with contemporary self-care, arguing that neoliberal care economies privatize social reproduction and sell individualized responses to structurally produced exhaustion. It revisits feminist demands for collective provision and universal basic services.

Mots-cléscare economysocial reproductionwages for houseworkself-careneoliberalism
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Notes de recherche

Anna Moser rapproche deux moments féministes qui semblent éloignés : la politisation du travail reproductif non rémunéré par le mouvement Wages for Housework dans les années 1970 et l’industrie contemporaine qui transforme le self-care en consommation, style de vie et responsabilité individuelle. Le premier a montré que cuisiner, nettoyer, élever les enfants, fournir du sexe et du soutien émotionnel n’étaient pas des expressions naturelles de l’amour, mais le travail nécessaire au maintien de la force de travail et de l’accumulation. La seconde peut renvoyer vers l’individu l’épuisement produit par les institutions, en lui demandant de se réparer par des produits, une meilleure organisation et l’optimisation de ses émotions.

L’argument n’est pas un rejet simple du self-care. Le repos, les limites et la récupération corporelle comptent pour les personnes soumises à l’oppression, et des traditions féministes noires ont pensé la préservation de soi comme résistance politique. Moser critique sa forme commerciale détachée de ces contextes. Employeurs, États et institutions familiales laissent intacts les horaires épuisants, les bas salaires et le manque de services, tout en rendant les individus responsables de leur résilience. La crise du care devient un échec de gestion du temps, et celles et ceux qui peuvent acheter thérapie, loisirs ou externalisation domestique gagnent un avantage de classe supplémentaire.

Revenir à Wages for Housework montre aussi que reconnaître le travail ne signifie pas transformer toute relation en marchandise. La force radicale du mouvement fut de refuser que le foyer soit un espace privé extérieur au capitalisme et de permettre aux femmes de formuler des revendications collectives. Moser conduit cet héritage vers les services publics et les infrastructures sociales. Si le care est une condition commune de la survie sociale, la réponse ne peut être une simple compensation privée : elle doit inclure santé, éducation, logement, garde d’enfants, transport et accompagnement de longue durée universellement accessibles.

Cet article théorique ne remplace pas les recherches empiriques sur les régimes de care, la racialisation du travail ou les chaînes mondiales. Les services universels doivent encore répondre aux questions de leur conception, de leurs prestataires et des conditions de travail. Le texte saisit néanmoins une contradiction décisive : la société célèbre le care et l’amour de soi tout en retirant les ressources publiques qui les rendent durables. La question féministe passe ainsi de « comment mieux prendre soin de soi » à « pourquoi le coût de la restauration des vies a-t-il été privatisé, et quelles institutions collectives peuvent réellement rendre du temps et de la sécurité ? »

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