Féminisme intersectionnel · Recherche
Genre, classe et race : intersectionnalité et consubstantialité des rapports sociaux
Gênero, classe e raça: Interseccionalidade e consubstancialidade das relações sociais
Hirata relie les débats sur l’intersectionnalité au travail du care au Brésil, en France et au Japon, pour comprendre des rapports de travail inégaux.
Notes de recherche
Pourquoi un travail de care indispensable à la vie est-il si souvent peu rémunéré et peu reconnu ? Dans cet article de 2014, Helena Hirata aborde la question par une controverse féministe : comment penser le genre, la classe et la race comme des rapports de pouvoir indissociables ? Elle rapproche l’intersectionnalité issue du féminisme noir, les recherches françaises sur la division sexuelle du travail et une enquête comparative sur le care aux personnes âgées. Le désaccord conceptuel devient ainsi une question sur les conditions de travail.
Des rapports qui se constituent mutuellement
Hirata rattache l’intersectionnalité aux critiques féministes noires d’un féminisme centré sur les femmes blanches, de classe moyenne et hétérosexuelles. Elle la confronte à la consubstantialité de Danièle Kergoat : les rapports sociaux se constituent mutuellement dans les pratiques, plutôt que de former des catégories indépendantes qui se croiseraient occasionnellement. Les rapports de classe sont déjà sexués et racialisés ; les rapports de genre prennent des formes différentes selon l’emploi, la richesse et les migrations.
Cette distinction importe quand l’analyse devient une liste d’identités. Savoir qu’une personne est une femme, migrante et mal payée n’explique pas encore qui contrôle son contrat, comment son travail est évalué ni de qui dépend la liberté d’autrui. La réflexion sur les savoirs situés conteste également l’idée d’un unique « point de vue des femmes » : dans une même organisation du travail, elles peuvent occuper des positions profondément inégales. Ces arguments sont développés dans le texte original portugais.
L’article présente un désaccord réel. Kergoat privilégie le genre, la classe et la race comme rapports fondamentaux ; des formulations plus larges de l’intersectionnalité incluent aussi la sexualité, l’âge, la religion et le handicap. Hirata demande si la multiplication des catégories risque de masquer la domination matérielle. Cette objection permet d’interroger les classements superficiels, mais ne démontre pas que les autres rapports seraient dépourvus de portée explicative. Il reste à examiner ce que chaque approche éclaire dans une situation précise.
Qui devient travailleuse ou travailleur du care ?
L’enquête menée au Brésil, en France et au Japon en 2010–2011 met l’argument à l’épreuve. Hirata distingue les migrations internes dans le care brésilien des migrations internationales sur les terrains français, et examine l’entrée d’hommes dans le secteur japonais à travers le chômage et la crise économique. Des voies d’accès différentes coexistent avec une faible reconnaissance et des trajectoires professionnelles précaires.
Le récit de traitements racistes dans une institution publique française rend cette hiérarchie concrète : assurer une aide intime n’empêche pas d’être considéré comme un étranger qui n’aurait pas sa place. Le care comporte un travail matériel, technique et émotionnel, sans que cette complexité garantisse respect ou pouvoir de négociation. Hirata relie sa dévalorisation à l’histoire du travail domestique féminin gratuit et discute le renforcement mutuel de la marginalisation des personnes aidées et de celles qui les aident.
La question féministe se déplace alors de la célébration d’une capacité féminine à prendre soin vers les arrangements qui distribuent cette tâche inégalement. Ces exemples éclairent des mécanismes ; ils ne constituent ni des estimations nationales ni un portrait des effectifs actuels des trois pays.
Relier concepts, données et action
Lire l’argument juridique de Crenshaw de 1989 permet de comprendre comment une discrimination disparaît quand race et sexe sont examinés séparément. Les indicateurs brésiliens de l’IBGE rendent ensuite visibles les différences entre femmes. Enfin, l’article d’AWID sur les droits des travailleuses domestiques introduit leur propre organisation collective. Ce parcours relie catégories d’analyse, inégalités mesurables et capacité à transformer les conditions de travail.
Le DOI imprimé par l’éditeur, 10.1590/S0103-20702014000100005, ne se résout actuellement pas sur doi.org. L’article est accessible sur la page SciELO de la revue.
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