Féminisme noir · Projection
Ne pas exclure par la dénonciation : inviter au dialogue
Loretta J. Ross distingue la dénonciation publique de l’invitation au dialogue : celle-ci peut soutenir la responsabilité et le changement, sans imposer aux personnes blessées une patience et un travail émotionnel sans fin.
Notes de projection
Dans son intervention à TEDMonterey en 2021, Loretta J. Ross, féministe noire et militante des droits humains, propose le « calling in » — inviter quelqu’un à entrer dans une conversation — comme une stratégie parmi d’autres face à la dénonciation publique. Elle ne dit ni que les propos discriminatoires sont sans importance ni que les personnes blessées doivent pardonner. Sa question est tactique : si l’objectif est de faire évoluer le comportement ou la compréhension d’une personne, l’humiliation publique y parvient-elle toujours ? Le blâme peut provoquer une réaction défensive et déplacer l’attention du tort causé vers le sentiment de rejet de la personne mise en cause ; une invitation peut ramener l’échange aux paroles prononcées et à leurs effets.
Ross ne part pas d’une simple réflexion sur la politesse. Elle évoque son travail de surveillance des groupes haineux au sein du National Anti-Klan Network et raconte avoir mégenré un étudiant dans sa classe : elle s’attendait à être publiquement réprimandée, mais l’étudiant lui a accordé de la grâce. Ces exemples ne sont pas équivalents : le premier concerne la suprématie blanche organisée, le second une erreur individuelle dans une salle de classe. Ils éclairent son intérêt pour le dialogue, sans signifier que tout préjudice devrait être traité en privé. Le profil de Ross à Smith College rappelle également que ses cours portent sur les droits humains et qu’elle a une longue expérience de l’organisation contre le racisme et pour la justice reproductive. Son invitation est une stratégie militante, pas une marque de courtoisie neutre, détachée des rapports de pouvoir.
La nuance la plus importante de l’intervention est que Ross reconnaît la nécessité de dénoncer publiquement certaines personnes puissantes afin qu’elles rendent des comptes. La possibilité d’un « calling in » dépend de la relation, de la sécurité, des asymétries de pouvoir et de la volonté de la personne blessée de consacrer du temps à cette conversation. Si une organisation confie aux personnes discriminées le travail de réparer les relations, ou invoque la « civilité » pour leur faire avaler le tort, le calling in devient une nouvelle forme de discipline. Il vaut mieux le comprendre comme une intervention possible : lorsque le dialogue a une chance réelle d’aboutir, inviter la personne à reconnaître les effets de ses actes ; lorsque le pouvoir doit être exposé au grand jour, nommer le préjudice reste indispensable.
Le format TED condense aussi cette idée : Ross propose une éthique et des outils de conversation, pas une méthode capable de défaire automatiquement le racisme structurel, le sexisme ou les violences institutionnelles. Après le visionnage, une question concrète demeure : qui doit ouvrir la conversation, en assumer les risques et décider du moment où elle doit prendre fin ? Pour voir comment Ross articule droits humains, race et action collective dans un autre contexte, lire son article sur l’activisme féministe intersectionnel et la justice reproductive.
Conférence et ressources complémentaires
- Conférence TED et transcription officielle
- Loretta J. Ross à Smith College
- Pour aller plus loin : son article sur l’activisme féministe intersectionnel
Réponses des lecteurs
Après la projection
Partagez votre regard ou ajoutez une autre piste audiovisuelle à suivre.
Rejoindre la discussion
Chargement des commentaires...
Soutenir
Si ce contenu vous a été utile



