Économie du soin · Projection
La mobilité pour toutes et tous
Cette animation relie déplacements, care et inégalités : comment aider les personnes qui prennent soin sans figer la répartition des rôles ?
Notes de projection
Un trajet vers le travail peut dépendre de plusieurs autres : accompagner quelqu’un, acheter des provisions, rejoindre un service avant de commencer sa journée. Mobility for all, une animation en anglais publiée par la chaîne de l’université technique de Vienne, intègre ces liens à la planification des transports. Réalisée dans le cadre du projet GEECCO à partir d’une revue de littérature de Tobias Lehmann, elle demande quelles vies quotidiennes un système de transport rend possibles. Aller vite entre deux points ne répond qu’à une partie du problème.
Le parcours que le modèle de navette manque
L’animation oppose un aller-retour domicile–travail relativement linéaire à des chaînes de courts déplacements répondant à plusieurs besoins. Ses schémas rendent visible une relation souvent oubliée : le déplacement d’une personne accompagnée appartient aussi à la journée de travail de celle qui l’accompagne. Une ligne efficace pour un trajet sans interruption peut mal servir qui doit multiplier les arrêts. La demande de transport dépend ainsi de la répartition des responsabilités, et pas seulement des préférences pour un véhicule.
La narration rejette explicitement une explication biologique et rappelle que femmes et hommes ne sont pas des groupes homogènes. Cette précision transforme la comparaison initiale : c’est une tendance à interroger à travers les routines et les conditions inégales d’accès, pas une loi applicable à chaque femme ou homme. La vidéo reconnaît aussi que les recherches résumées n’ont pas étudié les autres genres. Les symboles plus divers qui apparaissent ensuite ne comblent pas cette lacune empirique.
La classe précise l’analyse. Les personnes qui peuvent acheter des services domestiques et de care transfèrent certaines contraintes de temps et de déplacement à d’autres, notamment à des travailleuses migrantes. Les tâches ne disparaissent pas du système de transport. Ne compter que la liberté gagnée par l’employeuse peut cacher les trajets et responsabilités de la salariée. Il faut demander qui peut déléguer, qui reçoit le travail et quel emploi du temps reste absent du modèle.
Faciliter l’accès sans figer les rôles
La discussion dépasse les moyennes sexuées pour aborder le handicap, l’âge et l’exclusion des ressources sociales et économiques. Un environnement inaccessible ou la crainte de violences peut restreindre les activités possibles. La mobilité concerne donc la possibilité d’atteindre travail, logement, enseignement, commerces et loisirs, dans des configurations urbaines ou rurales. L’existence formelle d’un service ne rend pas nécessairement ces destinations également accessibles.
Le dilemme le plus fécond de la vidéo est temporel : améliorer dès maintenant la situation des personnes chargées du care tout en transformant durablement sa répartition. Attendre que les rôles changent avant d’améliorer les transports laisserait les contraintes présentes intactes. Concevoir chaque amélioration en supposant que les femmes assureront toujours le care en maintiendrait une autre. L’accès immédiat et la distribution persistante des responsabilités doivent être examinés ensemble.
L’animation propose une introduction conceptuelle, pas une nouvelle enquête ou une évaluation démontrant l’efficacité d’une intervention. Ses schémas condensés ouvrent des questions auxquelles des données locales doivent répondre : quels trajets s’enchaînent, qui ne peut les effectuer, comment les services s’articulent aux emplois et au care ? De meilleurs transports ne redistribuent pas seuls le travail domestique ; un système construit autour d’une seule figure de navetteur standard peut toutefois rendre cette redistribution plus difficile.
L’analyse de la division sexuelle du travail par Hirata et Kergoat éclaire cette lecture. La délégation du care explique pourquoi la charge allégée d’une femme peut devenir le travail d’une autre. La vidéo prolonge la question dans les itinéraires : de quels déplacements continus dépend le temps libéré de qui ?
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