Économie du soin · Recherche
Au-delà de la différence de genre, vers une théorie du care
Beyond Gender Difference to a Theory of Care
Tronto refuse de réduire le care à une morale féminine innée et interroge les rapports de classe, de race et d’autorité qui en définissent les responsabilités et les limites.
Notes de recherche
Faire du care une morale spécifiquement féminine peut le revaloriser tout en assignant les femmes au service d’autrui. Dans cet article de 1987, Joan C. Tronto reprend le débat ouvert par Gilligan sans considérer l’orientation relationnelle des femmes comme un fait qui s’expliquerait seul. Elle préserve la contestation morale portée par le care, mais en examine les frontières sociales.
L’expérience ne constitue pas une essence
Prendre les jugements masculins pour modèle de maturité dévalorise d’autres expériences. Inverser le classement ne résout pas le problème. Classe, race et possibilités de participation publique façonnent également les perspectives morales. La position des personnes chargées du soin mais privées d’autorité ne devient pas automatiquement un attribut biologique féminin.
Il faut distinguer responsabilités fréquentes, portée morale d’une expérience et capacité supposée innée. Les deux premières propositions ne prouvent pas la troisième. Ce travail théorique n’est pas une nouvelle enquête psychologique sur tous les genres. Refuser l’essentialisme ne doit pourtant pas effacer à nouveau le savoir de celles et ceux qui accomplissent ces tâches.
Qui trace les frontières du privé ?
La séparation public–privé concerne le pouvoir, au-delà du lieu de l’activité. Définir les membres légitimes, les besoins recevables et les responsabilités délégables détermine jusqu’où la sollicitude peut s’étendre. Les institutions publiques peuvent conserver cette autorité tout en faisant du soin une vertu privée. Célébrer les personnes dévouées laisse alors intacte la répartition de leurs obligations.
Le care n’est donc pas spontanément juste ou pacifique. Le souci des proches peut coexister avec l’exclusion des autres. Une éthique convaincante doit expliquer ses institutions, ses appartenances et ses responsabilités, plutôt que réclamer simplement davantage de douceur.
Une voix différente permet de comparer la reconnaissance d’expériences minorées. Caring Democracy déplace la réflexion vers le marché et la décision publique. Valoriser le soin donne-t-il aussi à ses responsables du temps, des ressources et la possibilité d’en transformer le partage ?
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- Livres
Une voix différente
Carol Gilligan
Cette œuvre révolutionnaire défie les théories du développement moral centrées sur les hommes, proposant un modèle alternatif de raisonnement moral basé sur le soin, les relations et la responsabilité. En écoutant les voix des femmes, Gilligan a découvert l'« éthique du soin » comme une voix morale différente, transformant fondamentalement la compréhension du développement moral en psychologie, éthique et théorie féministe.
- Livres
Démocratie du care : marchés, égalité et justice
Joan C. Tronto
Joan C. Tronto fait du care une question publique centrale de la démocratie : qui soutient la vie, qui peut se soustraire au care et comment les marchés produisent un déficit démocratique de soin.
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