FemResLa revue vivante

Féminisme latino-américain · Recherche

Les femmes autochtones refusent la violence de l’extraction des ressources à Oaxaca

À San José del Progreso, en Oaxaca, cette étude suit les effets de l’exploitation minière sur la terre, l’eau et la vie collective, ainsi que le refus des femmes zapotèques/Binizaá.

Lire l’article
Partager cette ressource
X ↗Facebook ↗

01

Notes de recherche

Altamirano-Jiménez ne traite pas l’exploitation minière comme une question abstraite d’« impact ». Elle s’intéresse aux conflits autour de l’extraction de l’or et de l’argent à San José del Progreso, dans l’État mexicain d’Oaxaca, et pose des questions plus fondamentales : qui décide de l’usage des terres ? Où va l’eau ? Quels corps, quelles relations et quelles formes de vie sont sommés d’absorber les coûts du développement ? Dans son approche féministe autochtone, extraire ne signifie pas seulement retirer des minerais du sous-sol. Cela peut transformer les rapports à la terre, l’accès à l’eau, les modalités de décision collective et les conditions matérielles qui rendent la vie quotidienne possible.

L’article associe des récits situés à une analyse documentaire : Altamirano-Jiménez examine des documents gouvernementaux et politiques, des articles de presse et des rapports, ainsi que des vidéos donnant la parole à des femmes autochtones et produites avec une organisation civile liée au Collectif oaxaquénien pour la défense du territoire. Elle s’appuie aussi sur des entretiens avec des militantes autochtones rencontrées lors de forums et de rassemblements. Elle refuse de présenter la communauté comme un ensemble homogène : des récits différents s’y rencontrent, se croisent parfois sans se rejoindre, et peuvent entrer en conflit. Ce choix méthodologique compte. Un conflit minier ne se comprend pas seulement à travers les promesses d’une entreprise, les documents administratifs ou des statistiques générales sur les violences de genre ; il faut aussi demander comment les personnes vivent les transformations du territoire, comment elles les racontent et pourquoi elles résistent.

La relation entre le corps et la terre n’est ni une métaphore décorative ni l’affirmation que la terre serait le prolongement du corps des femmes. Elle désigne une compréhension relationnelle qui ne dissocie pas les personnes, la terre, l’eau et les autres formes de vie. La nécropolitique aide l’article à analyser la répartition du risque, de la survie et de la mise au rebut par le pouvoir ; mais se concentrer uniquement sur les corps humains ne suffit pas à rendre compte des atteintes à l’eau, aux sols et aux êtres non humains. Le refus des femmes dépasse donc l’opposition à un projet particulier : il conteste un ordre qui transforme la terre en actif négociable, l’eau en intrant productif et certaines formes de vie en êtres exclus des décisions. Dans cette analyse, le refus est aussi générateur : il ouvre des possibilités de continuer à vivre, de préserver des relations et d’imaginer des futurs.

Le cas de San José del Progreso donne une histoire concrète à ces concepts. L’article décrit les tensions autour de l’eau, la division de la communauté et les négociations foncières liées à l’expansion d’une mine d’or et d’argent à ciel ouvert. Des habitantes et habitants attribuent à l’activité minière la contamination, des violences et des changements dans la vie quotidienne ; le texte restitue ces affirmations et expériences au sein d’un conflit, sans se substituer à une enquête indépendante ni à une décision judiciaire. Altamirano-Jiménez relève aussi qu’après la mobilisation contre la mine, les femmes ont gagné des espaces de parole et de participation aux assemblées communautaires. Dans le même temps, les militantes affrontent les risques liés au conflit extractif et les normes de genre au sein même de la communauté. Résumer cette histoire par « la solidarité des femmes mène à la libération » ferait disparaître leur travail, leurs désaccords et les risques encourus ; les réduire à des victimes ferait tout autant disparaître leur jugement politique et leur capacité d’agir.

L’analyse rapproche également le travail de soin quotidien et la défense du territoire. La pénurie d’eau n’est pas un indicateur environnemental abstrait : elle s’inscrit dans les tâches concrètes de collecte, de gestion du foyer, de soin et de maintien de la vie quotidienne. Les rituels collectifs et les pratiques de réciprocité évoqués dans l’article ne constituent pas un simple décor culturel ; ils réaffirment des responsabilités entre les êtres humains, la terre et le monde plus-qu’humain. Le féminisme autochtone n’est donc pas une posture morale consistant à parler au nom de « la nature ». Il invite à regarder qui est chargé de faire durer la vie, qui peut définir le développement et qui doit en supporter les coûts corporels et écologiques.

Il s’agit d’une recherche qualitative ancrée dans une communauté et une histoire particulières, non d’une théorie générale sur toutes les femmes autochtones, toutes les communautés zapotèques ou tout projet extractif. Les différences internes relevées par l’autrice invitent à ne pas imaginer le « consentement communautaire » comme automatiquement unanime, ni à idéaliser la défense du territoire comme un lien naturel et sans conflit entre les femmes et la nature. La contribution féministe de l’article tient à son déplacement de l’unité d’analyse : violences de genre, dépossession, gouvernance de l’eau, travail de soin et politique collective ne sont pas des enjeux séparés. Lus ensemble, ils montrent que le refus ne fait pas qu’empêcher une destruction ; il défend une manière d’organiser la vie par les relations plutôt que par la possession. Lire l’article

Explorer un autre format

Poursuivre avec les numéros

Réponses des lecteurs

Discussion scientifique

Répondez à cette recherche ou ajoutez un article à lire collectivement.

Rejoindre la discussion

Réponses

Chargement des commentaires...

Soutenir

Si ce contenu vous a été utile

Soutenir FemRes