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Féminisme autochtone · Commentaire

Déclaration de Beijing des femmes autochtones

Chapô

La déclaration de 1995 associe territoires et autodétermination collective à l’autonomie corporelle, à la lutte contre les violences et à la participation politique.

FemRes / 7 septembre 1995
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Analyse de l'article

L’égalité des chances suffit-elle à émanciper une femme lorsque son peuple perd ses terres et son autodétermination ? Les femmes autochtones présentes au Forum des ONG de Huairou ont approuvé et signé cette déclaration le 7 septembre 1995. Elles interviennent dans les agendas internationaux des femmes tout en revendiquant une participation politique au sein de leurs propres institutions. Ce texte se distingue de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing adoptés entre gouvernements.

De l’inclusion à la définition des problèmes

La déclaration ne rejette ni l’éducation, ni la santé, ni l’égalité salariale, ni la participation aux décisions. Elle interroge le modèle de développement qui les encadre. Réduire la pauvreté au manque d’accès au marché peut reléguer au second plan dépossession, dette extérieure, extraction et rapports coloniaux. Les femmes autochtones deviennent alors une population défavorisée à intégrer, plutôt que des sujets politiques capables de contester l’orientation du développement.

Les paragraphes 10 à 16 critiquent ainsi le projet de Programme d’action. Atténuer un dommage diffère de transformer les structures qui le produisent. Il s’agit d’une analyse politique collective, non d’une enquête statistique établissant une cause unique à chaque problème économique, sanitaire ou violent. Les jugements concernant projets et institutions appartiennent au contexte des années 1990.

Les terres et les savoirs sont au centre

Les paragraphes 22 à 28 relient la décision sur les territoires à l’éducation bilingue et interculturelle, aux services de santé adaptés et au refus du contrôle reproductif coercitif. Les droits ne concernent pas seulement l’entrée individuelle dans une école ou un hôpital : ils portent aussi sur les langues, les savoirs et les formes de service qui y ont leur place.

Les paragraphes 38 à 43 abordent connaissances collectives, brevets sur le vivant et matériel génétique. Les communautés ne sont pas de simples réservoirs où les chercheurs pourraient librement recueillir des données. Qui emporte les ressources, décide de leurs usages et bénéficie du savoir sont des questions de pouvoir. Lire cette déclaration historique ne fournit pas une interprétation actuelle du droit des brevets, de la recherche ou de la santé.

Défendre une communauté peut aussi la transformer

Le paragraphe 36 mérite d’être rapproché des revendications territoriales. Il demande de reconnaître les systèmes coutumiers et judiciaires soutenant les femmes victimes de violence, tout en supprimant les lois, coutumes et traditions discriminatoires. Les droits culturels ne rendent donc pas la domination interne intouchable. Les femmes revendiquent la possibilité d’évaluer et de changer leurs institutions en même temps qu’elles refusent la dépossession extérieure.

Les paragraphes 44 à 47 étendent cette exigence à la participation et aux ressources organisationnelles. L’égalité politique concerne les structures autochtones autant que les institutions étatiques modernes. La solidarité avec les organisations de femmes non autochtones exige des espaces de parole et des moyens matériels, pas seulement une représentation assurée par d’autres.

La parole collective ne supprime pas les différences

L’ouverture invoque la Terre Mère et les liens entre les femmes et la terre. Ce langage peut soutenir une éthique opposée à l’extraction, mais laisse une question ouverte : lorsqu’elles sont gardiennes du territoire et de la culture, les femmes peuvent-elles refuser certaines obligations de soin ou vivre autrement ? C’est une interrogation sur la rhétorique politique, pas une conclusion empirique établie par le texte. La diversité des visions autochtones ne se réduit pas à une essence féminine unique.

La présentation du FIMI replace le texte dans l’histoire de l’organisation internationale des femmes autochtones. L’article de Cabnal sur le corps et la terre prolonge les questions du patriarcat interne et de l’autonomie corporelle. Les ressources du Red Nation sur le féminisme autochtone queer ouvrent une autre discussion sur genre, sexualité et parenté. Ces expressions situées ne se représentent pas mutuellement à travers tous les lieux et toutes les époques.

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Pour aller plus loin / 2010

Féminisme communautaire : corps et terre

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Féminisme autochtone queer

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